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Diageo, Pernod, Rémy : ce que leurs difficultés de 2025 disent du marché

Pour commencer
Les grands groupes de l’alcool traversent une période difficile, mais leurs comptes de 2025 ne racontent pas une seule histoire. Chez Diageo, les charges exceptionnelles pèsent sur le résultat publié. Pernod Ricard voit ses ventes reculer alors que sa dette nette diminue. Rémy Cointreau enregistre une baisse de bénéfice.
Pour comprendre ce qui se joue, il faut séparer les résultats des entreprises, les enquêtes de consommation, les messages de santé publique et la progression du sans-alcool. Leur rapprochement est instructif ; il ne prouve pas qu’une industrie entière s’effondre pour une cause unique.
Trois groupes, des difficultés qui ne se mesurent pas de la même façon
Les publications financières de 2025 montrent une industrie sous pression, mais elles ne racontent pas toutes la même histoire. Une baisse du résultat publié, une variation organique du chiffre d’affaires, une dette nette et un cours de Bourse sont des indicateurs distincts. Les mélanger donne l’impression d’un effondrement uniforme là où les trajectoires diffèrent.
Chez Diageo, sur l’exercice clos le 30 juin 2025, le résultat opérationnel publié recule de 27,8 %, notamment sous l’effet de charges exceptionnelles. À périmètre organique, la baisse du résultat opérationnel est de 0,7 %, tandis que le chiffre d’affaires net organique progresse de 1,7 %. La dette nette atteint 21,9 milliards de dollars. Le groupe indique un ratio de dette nette ajustée sur EBITDA ajusté de 3,4 ; l’EBITDA est un indicateur de résultat avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements. Ces chiffres signalent des contraintes financières ; le recul publié ne peut pas être présenté comme une baisse équivalente de toute l’activité courante.
Pernod Ricard affiche, sur son exercice 2024-2025, un chiffre d’affaires en recul de 3 % en organique et de 5,5 % en données publiées. Sa dette nette s’établit à 10,727 milliards d’euros, en baisse de 224 millions d’euros sur un an. L’entreprise rencontre des difficultés commerciales, mais sa dette n’augmente pas sur cet exercice.
Chez Rémy Cointreau, le résultat net part du groupe de l’exercice 2024-2025 atteint 121,2 millions d’euros, en baisse de 34,4 % en données publiées. Là encore, le choix du périmètre et de l’exercice est indispensable pour comparer les résultats.
La Chine pèse, mais le calendrier compte
Dans son premier trimestre de l’exercice 2025-2026, publié en octobre 2025, Pernod Ricard annonce un recul organique de 27 % en Chine. La période correspond à juillet-septembre 2025. Ce n’est ni le troisième trimestre de son exercice fiscal ni une mesure de l’ensemble des boissons vendues dans le pays.
Le groupe évoque un environnement de demande difficile et des effets sur la distribution et les stocks. Il serait trop rapide d’attribuer la totalité de la baisse à une cause politique unique. Les marchés, les gammes, les prix et les circuits évoluent simultanément.
Même prudence avec les tensions douanières : une mesure mise en place en août ne peut pas expliquer rétrospectivement une baisse déjà mesurée au deuxième trimestre de la même année. Une analyse commerciale exige les dates, les pays et les flux exacts.
Les coûts industriels, dont ceux du verre, peuvent aussi peser sur un producteur. Mais ni une difficulté dans un matériau ni un taux d’intérêt ne suffisent à calculer un effet identique sur les marges de tous les groupes.
Les habitudes changent sans suivre une loi générationnelle unique
Le sondage américain de Gallup publié en 2025 indique que 54 % des adultes aux États-Unis déclarent consommer de l’alcool, le niveau le plus bas de sa série historique. Le résultat ne mesure pas seulement les buveurs réguliers, et il ne décrit pas à lui seul la demande mondiale.
Comparer des générations demande aussi de distinguer l’âge, la période d’observation et les effets de cohorte. Une différence entre jeunes adultes et personnes plus âgées ne prouve pas que le même écart se maintiendra toute leur vie. Les motivations de santé, de budget, de goût ou de sociabilité peuvent se croiser sans former une seule explication universelle.
Santé publique et sémaglutide : deux sujets à ne pas confondre avec une prévision de ventes
L’avis du Surgeon General américain sur l’alcool et le cancer date de janvier 2025. Il rappelle le lien causal entre alcool et plusieurs cancers. Notre dossier sur l’alcool et le cancer traite cette question sanitaire, distincte de l’estimation des ventes d’un groupe.
Le sémaglutide fait l’objet d’une autre piste de recherche. Un essai randomisé de phase 2 publié dans JAMA Psychiatry en février 2025 a suivi 48 adultes présentant un trouble de l’usage de l’alcool et ne recherchant pas de traitement, pendant neuf semaines. Il a observé une réduction de la consommation lors d’une épreuve en laboratoire, de l’envie de boire et du nombre de verres par jour de consommation. Les résultats n’établissaient pas une baisse significative du nombre moyen de verres par jour calendaire ni du nombre de jours de consommation.
Ce signal préliminaire ne devient pas une réduction universelle de 30 % pour toute personne prenant un médicament de la famille GLP-1. L’essai ne mesurait ni les recettes des bars ni les causes de fermeture d’un établissement. Il ouvre une question clinique ; il ne fournit pas une explication générale des difficultés de l’industrie.
Le sans-alcool progresse dans un périmètre défini
Le marché de toutes les boissons non alcoolisées comprend l’eau, les sodas, les jus, le thé ou le café. Ce total n’est pas celui des alternatives à une bière, un vin ou un spiritueux. Utiliser un montant mondial en milliers de milliards pour décrire les seules alternatives à l’alcool change le dénominateur.
IWSR rapporte une croissance en volume de 13 % du No/Low en 2024 sur dix marchés clés. Entre 2022 et 2024, son estimation de 61 millions de nouveaux consommateurs concerne le sans-alcool, tandis que le Low constitue une catégorie distincte. Ces données ne sont ni un taux mondial applicable à toutes les boissons ni une garantie de croissance future.
L’intérêt industriel est néanmoins concret. Diageo a annoncé l’acquisition de Ritual Zero Proof en septembre 2024, après un premier investissement minoritaire. La gamme Ritual Zero Proof illustre cette extension vers les spiritueux sans alcool. Le bilan 2024 de LVMH mentionne aussi un partenariat avec French Bloom.
Ces initiatives, comme la visibilité des marques lors d’événements sportifs, montrent une diversification des portefeuilles et des occasions. Elles ne prouvent pas que les alternatives remplaceront l’alcool ni qu’un produit sans alcool est automatiquement bon pour la santé.
Une transformation à suivre plutôt qu’un déclin déjà écrit
La pression sur certains résultats, les différences de marchés et les nouveaux produits justifient de revoir les hypothèses de croissance. Ils ne suffisent pas à proclamer un « Peak Booze » mondial irréversible.
La bonne lecture reste exigeante : quelle entreprise, quelle période, quel indicateur et quel marché ? Les comptes donnent une partie de la réponse. Les enquêtes et les études de santé en donnent d’autres. Aucune ne doit être utilisée comme le raccourci de toutes les autres.
Les publications de 2025 montrent des contraintes financières et commerciales réelles, avec des écarts importants entre groupes, marchés et indicateurs. La demande évolue, la recherche médicale progresse et les alternatives sans alcool attirent aussi les producteurs historiques.
Ces mouvements appellent une analyse précise, pas une conclusion automatique sur la fin d’un modèle. Garder les périodes, les dénominateurs et les limites des études visibles permet de suivre la transformation sans confondre un signal avec une certitude.